L’euphorie cannoise autour du dernier film de Guillaume Nicloux, est égale à l’ambiance qui règne sur la Riviera en cette période : superficielle et infondée.
Sur fond de toile
cinéma, Isabelle Huppert et Gérard Depardieu incarnent « leur propre
rôle » de stars. Mais dans cette réalité parallèle, ils auraient eu une
relation dans le passé qui a donné naissance à leur fils Michael. Ce dernier,
avant de mourir, a laissé à chacun de ses parents une lettre, dans laquelle il
leur donne rendez-vous après sa mort, dans la Death Valley aux Etats-Unis. Les
deux acteurs doivent y passer plusieurs jours, durant lesquels ils devront
suivre un planning précis, qui les conduira à revoir leur fils.
Par où commencer
avec ce synopsis…
Premièrement, et
je dirais, l’erreur magistrale de ce film est de vouloir créer une réalité
parallèle, dans laquelle Isabelle Huppert et Gérard Depardieu auraient eu une
relation. Quel est l’intérêt ici de relier cette histoire à des figures connues
du 7ème Art, sinon de mettre le spectateur dans une confusion
inutile. Ce choix, qui pourrait faire croire qu’une profondeur particulière est
donnée aux personnages, ne fait que décentrer le spectateur du récit pour les
mauvaises raisons, car il s’interroge sur Isabelle Huppert et Gérard Depardieu,
au lieu de s’intéresser aux parents, au couple, et aux individualités qu’ils
représentent. Pourquoi ce choix d’associer un nom avec une personnalité et une
histoire qui ne lui correspondent pas ? Quelle est l’éthique d’écriture et
de cinéma qui est diffusée ici ? Il aurait été bien plus intéressant de
faire vivre de vrais personnages indépendamment des acteurs qui les incarnent,
surtout avec une histoire aussi intimiste et dramatique que celle-là.
Deuxièmement, le
film se perd à cause d’une identité générique floue. A force de vouloir
hybrider les genres cinématographiques on se retrouve parfois avec un potage
indigeste. A la fois bon petit film français, mettant en tête d’affiche des
stars du cinéma français, et hérité d’un culte du rien du cinéma
français ; mais également thriller fantastique américain, où des fantômes
rôdent, et des individus déformés apparaissent pour annoncer la mort. Pourquoi
pas, mais de quoi parle le film ? Parce que c’est la question qui m’est
restée en travers de la gorge, lorsque les lumières se sont rallumés sur une
fin inachevée. Mon voisin m’a répondu : « Ça parle de la mort ». Il y a quand même d’autres
moyens de parler de mort sans faire glander Gérard Depardieu et Isabelle Huppert
dans le désert pendant une heure et
demie. Vous me direz : « Mais
nan, c’est formidaaable ce film sur la culpabilité des parents, dans cet
environnement vaste et pesant, à la fois thriller et romantique,
j’adooore ».
Troisièmement, et
ce qui clos cette critique avec évidence, la mise en scène ne fait rien pour
relever le niveau et sauver le film. Oui, les travellings ont une esthétique particulière,
mais quelle longueur ! Oui les décors sont beaux, mais à quoi
servent-ils ? A traduire l’état émotionnel des personnages, créer un huis
clos en extérieur où la chaleur étourdit et donne des hallucinations, oui mais
encore ? Rien ne se dit véritablement, les deux protagonistes ressassent
leurs vieux souvenirs en attendant la venue de leur fils mort et se complaisent
dans leur malheur de mauvais parents. On dirait que le film fait tout pour
casser l’image des deux acteurs avec glamour, mais n’y parvient pas. Sans doute
ce qui m’a dérangé est le choix d’une représentation pathétique d’une condition
pathétique, celle de tout individu. Ils ont été de mauvais parents, leur fils
est mort, et voilà quoi, ça s’arrête là.
Valley of Love, de Guillaume Nicloux, actuellement en salle.
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